Unité de pensée
Le contexte plus large de la lecture d’aujourd’hui est Jn 7-9. Le cadre est la fête des Tabernacles, dont le Christ reprend les images de l’eau et de la lumière dans les sections de discours de ces chapitres. Comme on l’a mentionné plus haut (cf. la lecture du 6e dimanche de Pâques), les chapitres 7 et 8 sont des discours, suivis du signe de la guérison de l’aveugle pour authentifier les discours dans l’esprit des auditeurs. La lecture d’aujourd’hui poursuit un thème développé dans les chapitres précédents de Jean concernant la relation de Jésus-Christ avec l’Esprit Saint. Dès le premier chapitre, Jean le Baptiste témoigne que l’Esprit est descendu et est demeuré sur Jésus, et que Jésus baptiserait dans l’Esprit Saint. Plus tard, le Christ promettra l’Esprit à ses disciples après sa glorification, l’Esprit qui les conduira et les guidera dans la vérité. Enfin, il « soufflera » l’Esprit sur eux en Jn 20,22. L’Esprit ici n’est autre que l’esprit prophétique (9,40), dont le centre est la prédication de la Parole de Dieu, qui est maintenant la parole évangélique du messie de Dieu, Jésus.
Notes
Tout comme dans la lecture johannique de dimanche dernier, où il est question par avance de la glorification de Jésus, cette lecture, tirée du même Évangile, annonce elle aussi à l’avance la descente de l’esprit divin sur les disciples. Comme il apparaît clairement plus loin chez Jean, cette glorification aura lieu par la Passion du Christ, ce qui est déjà indiqué ici par l’emploi des « huissiers » (ὑπηρέται) qui rendent compte aux principaux sacrificateurs et aux pharisiens. Ce terme n’apparaît par ailleurs qu’en lien avec le jugement et la condamnation de Jésus (18,3.12.18.22 ; 19,6), auxquels Nicodème fait ici allusion (7,50-51).
À son tour, la venue de l’Esprit après la glorification de Jésus fait partie intégrante du résumé de l’Évangile que Paul donne au début de l’Épître aux Romains :
« Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, - qui avait été promis auparavant de la part de Dieu par ses prophètes dans les saintes Écritures, et qui concerne son Fils (né de la postérité de David, selon la chair, et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts), Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les païens, parmi lesquels vous êtes aussi, vous qui avez été appelés par Jésus-Christ, - » (Rm 1,1-6)
Que Jean ait eu ce résumé à l’esprit dans la lecture d’aujourd’hui se voit dans les paroles de la foule sur l’« origine » de Jésus : vient-il de David (de Bethléhem) ou vient-il de Galilée, le domaine des nations ?
Une autre indication du lien avec le texte de Romains est la mention du « prophète » (Jn 7,40) « qui doit venir dans le monde » (6,14). C’est le prophète dont Moïse a dit qu’il prendrait sa place :
« L’Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez ! Il répondra ainsi à la demande que tu fis à l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, le jour de l’assemblée, quand tu disais : Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin de ne pas mourir. L’Éternel me dit : Ce qu’ils ont dit est bien. Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Et si quelqu’un n’écoute pas mes paroles qu’il dira en mon nom, c’est moi qui lui en demanderai compte. » (Dt 18,15-19)
Remarquez le verbe « susciter ». C’est le même qui est employé dans Romains et dans tout le Nouveau Testament pour parler de la résurrection de Jésus par Dieu. Le fait que le Deutéronome fasse partie de la « Loi » (le Pentateuque) explique le retournement ironique de Jean, par lequel les pharisiens, versés dans cette Loi, se condamnent en fait eux-mêmes lorsqu’ils disent aux huissiers : « Mais cette foule qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits ! » (Jn 7,49).
Chez Jean, Jésus est celui qui donne la nouvelle loi de la grâce (1,17), adressée non seulement à Israël, mais aussi aux nations (Is 42,1-5 ; 49,6). À son tour, l’envoyé de Dieu dans cette mission est dit « la lumière des nations » (49,6). Plus loin, la lumière est liée à la vie en Is 58,10-11 (« Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, Si tu rassasies l’âme indigente, Ta lumière se lèvera sur l’obscurité, Et tes ténèbres seront comme le midi. L’Éternel sera toujours ton guide, Il rassasiera ton âme dans les lieux arides, Et il redonnera de la vigueur à tes membres ; Tu seras comme un jardin arrosé, Comme une source dont les eaux ne tarissent pas. »), qui est précisément le texte cité par Jean au début de la péricope (7,38). D’où la conclusion de la lecture d’aujourd’hui avec Jn 8,12 : « Jésus leur parla de nouveau, et dit : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
Ressources complémentaires
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 179-181, 183-184.