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Notes exégétiques pour la prédication et l’enseignement · Paul Nadim Tarazi

Dimanche de Thomas (Antipâque)

Jn 20,19–31

Texte grec

19 Οὔσης οὖν ὀψίας τῇ ἡμέρᾳ ἐκείνῃ τῇ μιᾷ τῶν σαββάτων, καὶ τῶν θυρῶν κεκλεισμένων ὅπου ἦσαν οἱ μαθηταὶ συνηγμένοι διὰ τὸν φόβον τῶν Ἰουδαίων, ἦλθεν ὁ Ἰησοῦς καὶ ἔστη εἰς τὸ μέσον, καὶ λέγει αὐτοῖς· εἰρήνη ὑμῖν.

20 καὶ τοῦτο εἰπὼν ἔδειξεν αὐτοῖς τὰς χεῖρας καὶ τὴν πλευρὰν αὐτοῦ. ἐχάρησαν οὖν οἱ μαθηταὶ ἰδόντες τὸν Κύριον.

21 εἶπεν οὖν αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς πάλιν· εἰρήνη ὑμῖν. καθὼς ἀπέσταλκέ με ὁ πατήρ, κἀγὼ πέμπω ὑμᾶς.

22 καὶ τοῦτο εἰπὼν ἐνεφύσησε καὶ λέγει αὐτοῖς· λάβετε Πνεῦμα Ἅγιον·

23 ἄν τινων ἀφῆτε τὰς ἁμαρτίας, ἀφίενται αὐτοῖς, ἄν τινων κρατῆτε, κεκράτηνται.

24 Θωμᾶς δὲ εἷς ἐκ τῶν δώδεκα, ὁ λεγόμενος Δίδυμος, οὐκ ἦν μετ᾿ αὐτῶν ὅτε ἦλθεν ὁ Ἰησοῦς.

25 ἔλεγον οὖν αὐτῷ οἱ ἄλλοι μαθηταί· ἑωράκαμεν τὸν Κύριον. ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς· ἐὰν μὴ ἴδω ἐν ταῖς χερσὶν αὐτοῦ τὸν τύπον τῶν ἥλων, καὶ βάλω τὸν δάκτυλόν μου εἰς τὸν τύπον τῶν ἥλων, καὶ βάλω τὴν χεῖρά μου εἰς τὴν πλευρὰν αὐτοῦ, οὐ μὴ πιστεύσω.

26 Καὶ μεθ᾿ ἡμέρας ὀκτὼ πάλιν ἦσαν ἔσω οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ καὶ Θωμᾶς μετ᾿ αὐτῶν. ἔρχεται ὁ Ἰησοῦς τῶν θυρῶν κεκλεισμένων, καὶ ἔστη εἰς τὸ μέσον καὶ εἶπεν· εἰρήνη ὑμῖν.

27 εἶτα λέγει τῷ Θωμᾷ· φέρε τὸν δάκτυλόν σου ὧδε καὶ ἴδε τὰς χεῖράς μου, καὶ φέρε τὴν χεῖρά σου καὶ βάλε εἰς τὴν πλευράν μου, καὶ μὴ γίνου ἄπιστος, ἀλλὰ πιστός.

28 καὶ ἀπεκρίθη Θωμᾶς καὶ εἶπεν αὐτῷ· ὁ Κύριός μου καὶ ὁ Θεός μου.

29 λέγει αὐτῷ ὁ Ἰησοῦς· ὅτι ἑώρακάς με, πεπίστευκας· μακάριοι οἱ μὴ ἰδόντες καὶ πιστεύσαντες.

30 Πολλὰ μὲν οὖν καὶ ἄλλα σημεῖα ἐποίησεν ὁ Ἰησοῦς ἐνώπιον τῶν μαθητῶν αὐτοῦ, ἃ οὐκ ἔστι γεγραμμένα ἐν τῷ βιβλίῳ τούτῳ·

31 ταῦτα δὲ γέγραπται ἵνα πιστεύσητε ὅτι Ἰησοῦς ἐστιν ὁ Χριστὸς ὁ υἱὸς τοῦ Θεοῦ, καὶ ἵνα πιστεύοντες ζωὴν ἔχητε ἐν τῷ ὀνόματι αὐτοῦ.

Français (Louis Segond)

19Le soir  de ce jour, qui était le premier de la semaine,  les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, à cause de la crainte qu’ils avaient des Juifs, Jésus vint,  se présenta au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous !

20Et quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté.  Les disciples furent dans la joie en voyant le Seigneur.

21Jésus  leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.

22Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit.

23Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

24Thomas, appelé Didyme, l’un des douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint.

25Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.

26Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison, et Thomas se trouvait avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées,  se présenta au milieu d’eux, et dit : La paix soit avec vous !

27Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois.

28Thomas lui répondit  : Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit :

29Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !

30Jésus a fait encore, en présence de ses disciples,  beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.

Unité de pensée

Les chapitres 20 et 21 forment la dernière unité de pensée de l’Évangile de Jean et se composent des traditions de résurrection de la communauté johannique. Remarquez comment l’unité commence avec Pierre et le disciple bien-aimé au chapitre 20 et se termine avec les deux mêmes disciples. Il ne fait aucun doute que ces deux chapitres représentent une transition écrite vers l’époque post-apostolique, où les fidèles dépendraient des récits écrits de la résurrection et seraient appelés à mettre leur foi et leur confiance dans ces récits écrits. Les apôtres ont consigné par écrit, une fois pour toutes et pour toutes les générations, ce que « le consolateur, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, [vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit] » leur avait enseigné.

Notes

À sa résurrection, Jésus apporte à ses disciples la paix de la Jérusalem céleste. Il leur montre que son lieu véritable n’est pas à l’intérieur, derrière les portes qu’ils ont verrouillées. Au contraire, ils doivent eux-mêmes sortir et le proclamer comme celui qui ne peut être contenu dans les murs de la Jérusalem terrestre et de son temple. Comme il a lui-même été « envoyé » par son Père, à son tour il les « envoie » au-dehors proclamer le message du pardon des péchés au monde entier — aux païens comme aux Juifs.

De plus, cette proclamation doit se faire par la « parole » de l’Évangile, et non par une projection de diapositives montrant à quoi « ressemble » la résurrection — et encore moins Dieu ou son messie ressuscité. Autrement dit, le message de la résurrection n’est pas celui de la « vision de Dieu ou de son messie », mais un message « audible », le « récit » de la résurrection de Jésus. C’est pourquoi Thomas « le douteur » [l’hébreu te’om signifie « jumeau », c’est-à-dire quelqu’un à deux visages/positions] est critiqué pour ne pas avoir compris la primauté des « oreilles » sur les « yeux » : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jn 20,29). Autrement dit : « Si toi, Thomas, tu exiges de voir ce qui a été montré à tes compagnons et qu’ils t’ont “rapporté”, comment pourrais-tu devenir apôtre, exigeant de ceux à qui tu prêches qu’ils prennent ton “rapport” pour argent comptant ? »

La péricope s’achève en faisant de la primauté de la « parole » sur la « vision » la règle ultime : « Jésus a fait encore, en présence de ses disciples,  beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (v. 30-31). Pour que le message évangélique soit l’accès autorisé à la vie éternelle, il doit être « Écriture », de la même manière que la parole prophétique est devenue « Écriture » (Jr 36,4-32). En outre, tout ce qui est en dehors ou au-delà de ce que le disciple bien-aimé a décidé de consigner par écrit est voué à l’oubli et donc sans importance, formellement comme matériellement. En effet : « C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai. Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait. » (21,24-25) Ce n’est évidemment pas une invitation à écrire de tels livres, mais plutôt à « écouter » continuellement le témoignage écrit du disciple bien-aimé qui nous est « lu » : « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu’il a fait connaître, par l’envoi de son ange, à son serviteur Jean, lequel a attesté la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ, tout ce qu’il a vu. Heureux celui qui lit [remarquez le singulier] et ceux qui entendent [remarquez le pluriel] les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites ! Car le temps est proche. » (Ap 1,1-3) C’est précisément ce qui est observé dans nos assemblées, où exclusivement les « Écritures » de l’Ancien et du Nouveau Testament sont « lues » avec autorité depuis l’ambon.

Cette lecture évangélique, tirée de la fin de Jean, confirme la lecture du dimanche précédent, tirée du début de Jean. C’est comme si ces lectures encadraient la Semaine radieuse, nous invitant à comprendre que le message de la résurrection de Jésus a été consigné une fois pour toutes dans le témoignage écrit du disciple bien-aimé. C’est un exemple classique de la manière dont l’Écriture du Nouveau Testament, chez Jean, se canonise elle-même, de la même façon que l’Écriture de l’Ancien Testament l’a fait chez Jérémie.

Ressources complémentaires

Charles H. Talbert, Reading John, Crossroads Publishing Company, New York, 1992, p. 248 et suiv..

Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 256-258.