Unité de pensée
Les chapitres 20 et 21 forment la dernière unité de pensée de l’Évangile de Jean et se composent des traditions de résurrection de la communauté johannique. Remarquez comment l’unité commence avec Pierre et le disciple bien-aimé au chapitre 20 et se termine avec les deux mêmes disciples. Il ne fait aucun doute que ces deux chapitres représentent une transition écrite vers l’époque post-apostolique, où les fidèles dépendraient des récits écrits de la résurrection et seraient appelés à mettre leur foi et leur confiance dans ces récits écrits. Les apôtres ont consigné par écrit, une fois pour toutes et pour toutes les générations, ce que « le consolateur, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, [vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit] » leur avait enseigné.
Notes
À sa résurrection, Jésus apporte à ses disciples la paix de la Jérusalem céleste. Il leur montre que son lieu véritable n’est pas à l’intérieur, derrière les portes qu’ils ont verrouillées. Au contraire, ils doivent eux-mêmes sortir et le proclamer comme celui qui ne peut être contenu dans les murs de la Jérusalem terrestre et de son temple. Comme il a lui-même été « envoyé » par son Père, à son tour il les « envoie » au-dehors proclamer le message du pardon des péchés au monde entier — aux païens comme aux Juifs.
De plus, cette proclamation doit se faire par la « parole » de l’Évangile, et non par une projection de diapositives montrant à quoi « ressemble » la résurrection — et encore moins Dieu ou son messie ressuscité. Autrement dit, le message de la résurrection n’est pas celui de la « vision de Dieu ou de son messie », mais un message « audible », le « récit » de la résurrection de Jésus. C’est pourquoi Thomas « le douteur » [l’hébreu te’om signifie « jumeau », c’est-à-dire quelqu’un à deux visages/positions] est critiqué pour ne pas avoir compris la primauté des « oreilles » sur les « yeux » : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jn 20,29). Autrement dit : « Si toi, Thomas, tu exiges de voir ce qui a été montré à tes compagnons et qu’ils t’ont “rapporté”, comment pourrais-tu devenir apôtre, exigeant de ceux à qui tu prêches qu’ils prennent ton “rapport” pour argent comptant ? »
La péricope s’achève en faisant de la primauté de la « parole » sur la « vision » la règle ultime : « Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (v. 30-31). Pour que le message évangélique soit l’accès autorisé à la vie éternelle, il doit être « Écriture », de la même manière que la parole prophétique est devenue « Écriture » (Jr 36,4-32). En outre, tout ce qui est en dehors ou au-delà de ce que le disciple bien-aimé a décidé de consigner par écrit est voué à l’oubli et donc sans importance, formellement comme matériellement. En effet : « C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai. Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait. » (21,24-25) Ce n’est évidemment pas une invitation à écrire de tels livres, mais plutôt à « écouter » continuellement le témoignage écrit du disciple bien-aimé qui nous est « lu » : « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu’il a fait connaître, par l’envoi de son ange, à son serviteur Jean, lequel a attesté la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ, tout ce qu’il a vu. Heureux celui qui lit [remarquez le singulier] et ceux qui entendent [remarquez le pluriel] les paroles de la prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites ! Car le temps est proche. » (Ap 1,1-3) C’est précisément ce qui est observé dans nos assemblées, où exclusivement les « Écritures » de l’Ancien et du Nouveau Testament sont « lues » avec autorité depuis l’ambon.
Cette lecture évangélique, tirée de la fin de Jean, confirme la lecture du dimanche précédent, tirée du début de Jean. C’est comme si ces lectures encadraient la Semaine radieuse, nous invitant à comprendre que le message de la résurrection de Jésus a été consigné une fois pour toutes dans le témoignage écrit du disciple bien-aimé. C’est un exemple classique de la manière dont l’Écriture du Nouveau Testament, chez Jean, se canonise elle-même, de la même façon que l’Écriture de l’Ancien Testament l’a fait chez Jérémie.
Ressources complémentaires
Charles H. Talbert, Reading John, Crossroads Publishing Company, New York, 1992, p. 248 et suiv..
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 256-258.