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Notes exégétiques pour la prédication et l’enseignement · Paul Nadim Tarazi

Dimanche des saints Pères du Ier concile œcuménique

Jn 17,1–13

Texte grec

1 ΤΑΥΤΑ ἐλάλησεν ὁ Ἰησοῦς, καὶ ἐπῆρε τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῦ εἰς τὸν οὐρανὸν καὶ εἶπε· πάτερ, ἐλήλυθεν ἡ ὥρα· δόξασόν σου τὸν υἱόν, ἵνα καὶ ὁ υἱός σου δοξάσῃ σε,

2 καθὼς ἔδωκας αὐτῷ ἐξουσίαν πάσης σαρκός, ἵνα πᾶν ὃ δέδωκας αὐτῷ δώσῃ αὐτοῖς ζωὴν αἰώνιον.

3 αὕτη δέ ἐστιν ἡ αἰώνιος ζωή, ἵνα γινώσκωσί σε τὸν μόνον ἀληθινὸν Θεὸν καὶ ὃν ἀπέστειλας Ἰησοῦν Χριστόν.

4 ἐγώ σε ἐδόξασα ἐπὶ τῆς γῆς, τὸ ἔργον ἐτελείωσα ὃ δέδωκάς μοι ἵνα ποιήσω·

5 καὶ νῦν δόξασόν με σύ, πάτερ, παρὰ σεαυτῷ τῇ δόξῃ ᾗ εἶχον πρὸ τοῦ τὸν κόσμον εἶναι παρὰ σοί.

6 Ἐφανέρωσά σου τὸ ὄνομα τοῖς ἀνθρώποις οὓς δέδωκάς μοι ἐκ τοῦ κόσμου. σοὶ ἦσαν καὶ ἐμοὶ αὐτοὺς δέδωκας, καὶ τὸν λόγον σου τετηρήκασι.

7 νῦν ἔγνωκαν ὅτι πάντα ὅσα δέδωκάς μοι παρὰ σοῦ ἐστιν·

8 ὅτι τὰ ρήματα ἃ δέδωκάς μοι δέδωκα αὐτοῖς, καὶ αὐτοὶ ἔλαβον, καὶ ἔγνωσαν ἀληθῶς ὅτι παρὰ σοῦ ἐξῆλθον, καὶ ἐπίστευσαν ὅτι σύ με ἀπέστειλας.

9 Ἐγὼ περὶ αὐτῶν ἐρωτῶ· οὐ περὶ τοῦ κόσμου ἐρωτῶ, ἀλλὰ περὶ ὧν δέδωκάς μοι, ὅτι σοί εἰσι,

10 καὶ τὰ ἐμὰ πάντα σά ἐστι καὶ τὰ σὰ ἐμά, καὶ δεδόξασμαι ἐν αὐτοῖς.

11 καὶ οὐκέτι εἰμὶ ἐν τῷ κόσμῳ, καὶ οὗτοι ἐν τῷ κόσμῳ εἰσί, καὶ ἐγὼ πρὸς σὲ ἔρχομαι. πάτερ ἅγιε, τήρησον αὐτοὺς ἐν τῷ ὀνόματί σου ᾧ δέδωκάς μοι, ἵνα ὦσιν ἓν καθὼς ἡμεῖς.

12 ὅτε ἤμην μετ᾿ αὐτῶν ἐν τῷ κόσμῳ, ἐγὼ ἐτήρουν αὐτοὺς ἐν τῷ ὀνόματί σου· οὓς δέδωκάς μοι ἐφύλαξα, καὶ οὐδεὶς ἐξ αὐτῶν ἀπώλετο εἰ μὴ ὁ υἱὸς τῆς ἀπωλείας, ἵνα ἡ γραφὴ πληρωθῇ.

13 νῦν δὲ πρὸς σὲ ἔρχομαι, καὶ ταῦτα λαλῶ ἐν τῷ κόσμῳ ἵνα ἔχωσι τὴν χαρὰν τὴν ἐμὴν πεπληρωμένην ἐν αὐτοῖς.

Français (Louis Segond)

1Après avoir ainsi parlé,  Jésus leva les yeux au ciel, et dit : Père, l’heure est venue ! Glorifie ton Fils,  afin que ton Fils te glorifie,

2selon que tu lui as donné pouvoir sur toute chair, afin qu’il accorde la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.

3Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

4Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire.

5Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût.

6J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés du milieu du monde. Ils étaient à toi, et tu me les as donnés ; et ils ont gardé ta parole.

7Maintenant ils ont connu que tout ce que tu m’as donné vient de toi.

8Car je leur ai donné les paroles que tu m’as données ; et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.

9C’est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi ; -

10et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; -et je suis glorifié en eux.

11Je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous.

12Lorsque j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie.

13Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite.

Unité de pensée

Le chapitre 17 forme à lui seul une unité. La lecture d’aujourd’hui s’arrête au milieu du chapitre, que tous reconnaissent comme une longue prière d’intercession pour ses disciples, présents et futurs. Le chapitre commence par la célèbre déclaration : « Père, l’heure est venue ! Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. » Il introduit la procession finale vers l’élévation/glorification du Christ sur la croix (voir Jn 3,14-15).

Notes

Cette lecture reflète la tradition scripturaire lancée par Paul (voir par exemple 1 Co 15,12-23 ; 1 Th 4,13-18) selon laquelle Jésus, le messie que Dieu a ressuscité des morts, est seul glorifié, et les membres de la communauté messianique doivent attendre sa venue pour hériter le royaume : « Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.  Si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et, lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin. » (Jn 14,1-4). Entre-temps, les disciples de Jésus doivent suivre le « chemin » vers ce royaume, qui n’est autre que le « chemin » de Jésus lui-même : suivre les directives de Dieu (5,19-30). C’est précisément ce que Jésus demande ici à ses disciples. La vie éternelle est dans la connaissance de Dieu et de son messie (Jn 17,3). À son tour, cette connaissance est transmise par l’enseignement de Jésus :

« J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés du milieu du monde. Ils étaient à toi, et tu me les as donnés ; et ils ont gardé ta parole. Maintenant ils ont connu que tout ce que tu m’as donné vient de toi. Car je leur ai donné les paroles que tu m’as données ; et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. … Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite. » (v. 6-8, 13)

Ce que Jésus transmet à ses disciples n’est pas quelque chose « au sujet de » Dieu, mais quelque chose « venant de » lui, sa parole qui doit être gardée, c’est-à-dire écoutée et suivie, si l’on veut être non de ce monde, mais de Dieu (voir Jn 1,12-13). Et c’est cette obéissance aux directives de Dieu — et non une connaissance « théologique » abstraite — qui préservera les disciples d’être exclus de la joie et du royaume de Dieu. En effet, c’est celui qui n’a pas écouté les paroles de Jésus qui a fini sous la malédiction de l’Écriture, la parole de Dieu : « Lorsque j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. » (v. 12). Et ce n’est pas étonnant, car de même que c’est la torah de Dieu qui garde son peuple (dans la mesure où il garde ses instructions), de même c’est l’enseignement du messie qui garde ses disciples (dans la mesure où ils le gardent).

Une fois de plus, nous voyons que les lectures entre Pâques et la Pentecôte tournent autour de l’enseignement de Dieu et en soulignent la centralité, par rapport à la vision ou à la connaissance « théologique » abstraite d’une « divinité » — ce que le Dieu de l’Écriture n’est pas — et, plus important encore, qu’elles soulignent l’observance de son enseignement. De même que Dieu, dans l’Ancien Testament, est invisible, puisqu’il n’a pas de statue et n’en est pas une, et qu’il est révélé à la fois dans la torah et comme torah, de même l’autorité du messie ressuscité réside précisément en ce que, lors de sa glorification, il devient invisible et se révèle par la « parole » apostolique de ceux qu’il a mandatés. Chaque fois que nous n’écoutons pas cet enseignement biblique essentiel — de l’Ancien comme du Nouveau Testament —, nous faisons du messie comme de son Dieu des « idoles » semblables aux « divinités » des nations. Et, de fait, nous n’écoutons pas cet enseignement chaque fois qu’au lieu de prêcher les lectures bibliques sur la base d’une exégèse saine du texte, nous nous perdons dans un discours « théologique » qui éblouit nos auditeurs au lieu de leur indiquer le « chemin », non de la « vraie foi », mais du salut de Dieu. En effet, ce n’est pas la « théologie » de la résurrection et de l’ascension de Jésus qui sauve, mais le texte même de l’Écriture, seul visage acceptable de Dieu et de son messie. Nous verrons qu’il en va de même pour la lecture suivante, à la Pentecôte, fête de l’effusion de l’esprit de Dieu et de son messie.

Ressources complémentaires

Charles H. Talbert, Reading John, Crossroads Publishing Company, New York, 1992, p. 223 et suiv..

Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 230-232.