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Notes exégétiques pour la prédication et l’enseignement · Paul Nadim Tarazi

3e dimanche après la Pentecôte

Mt 6,22–33

Texte grec

22 Ὁ λύχνος τοῦ σώματός ἐστιν ὁ ὀφθαλμός· ἐὰν οὖν ὁ ὀφθαλμός σου ἁπλοῦς ᾖ, ὅλον τὸ σῶμά σου φωτεινόν ἔσται· 23 ἐὰν δὲ ὁ ὀφθαλμός σου πονηρὸς ᾖ, ὅλον τὸ σῶμά σου σκοτεινὸν ἔσται. εἰ οὖν τὸ φῶς τὸ ἐν σοὶ σκότος ἐστί, τὸ σκότος πόσον; 24 Οὐδεὶς δύναται δυσὶ κυρίοις δουλεύειν· ἢ γὰρ τὸν ἕνα μισήσει καὶ τὸν ἕτερον ἀγαπήσει, ἢ ἑνὸς ἀνθέξεται καὶ τοῦ ἑτέρου καταφρονήσει. οὐ δύνασθε Θεῷ δουλεύειν καὶ μαμωνᾷ.

 25 Διὰ τοῦτο λέγω ὑμῖν, μὴ μεριμνᾶτε τῇ ψυχῇ ὑμῶν τί φάγητε καὶ τί πίητε, μηδὲ τῷ σώματι ὑμῶν τί ἐνδύσησθε· οὐχὶ ἡ ψυχὴ πλεῖόν ἐστι τῆς τροφῆς καὶ τὸ σῶμα τοῦ ἐνδύματος; 26 ἐμβλέψατε εἰς τὰ πετεινὰ τοῦ οὐρανοῦ, ὅτι οὐ σπείρουσιν οὐδὲ θερίζουσιν οὐδὲ συνάγουσιν εἰς ἀποθήκας καὶ ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ οὐράνιος τρέφει αὐτά· οὐχ ὑμεῖς μᾶλλον διαφέρετε αὐτῶν; 27 τίς δὲ ἐξ ὑμῶν μεριμνῶν δύναται προσθεῖναι ἐπὶ τὴν ἡλικίαν αὐτοῦ πῆχυν ἕνα; 28 καὶ περὶ ἐνδύματος τί μεριμνᾶτε; καταμάθετε τὰ κρῖνα τοῦ ἀγροῦ πῶς αὐξάνει· οὐ κοπιᾷ οὐδὲ νήθει· 29 λέγω δὲ ὑμῖν ὅτι οὐδὲ Σολομὼν ἐν πάσῃ τῇ δόξῃ αὐτοῦ περιεβάλετο ὡς ἓν τούτων.

30 Εἰ δὲ τὸν χόρτον τοῦ ἀγροῦ, σήμερον ὄντα καὶ αὔριον εἰς κλίβανον βαλλόμενον, ὁ Θεὸς οὕτως ἀμφιέννυσιν, οὐ πολλῷ μᾶλλον ὑμᾶς, ὀλιγόπιστοι;

 31 μὴ οὖν μεριμνήσητε λέγοντες, τί φάγωμεν ἢ τί πίωμεν ἢ τί περιβαλώμεθα; 32 πάντα γὰρ ταῦτα τὰ ἔθνη ἐπιζητεῖ· οἶδε γὰρ ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ οὐράνιος ὅτι χρῄζετε τούτων ἁπάντων. 33 ζητεῖτε δὲ πρῶτον τὴν βασιλείαν τοῦ Θεοῦ καὶ τὴν δικαιοσύνην αὐτοῦ, καὶ ταῦτα πάντα προστεθήσεται ὑμῖν.

Français (Louis Segond)

22L’œil est la lampe du corps. Si  ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ;

23mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres !

24Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

25C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez , ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?

26Regardez  les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?

27Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?

28Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ;

29cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux.

30Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ?

31Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ?  que boirons-nous ?  de quoi serons-nous vêtus ?

32Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent.  Votre Père céleste sait que vous en avez besoin .

33Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.

Unité de pensée

Cette lecture est une petite section de ce qu’on appelle depuis longtemps le « Sermon sur la montagne » (Mt 5-7). La lecture s’arrête au verset 33 et coupe la « chute » finale de l’unité, qui est le verset 34 : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. » L’intention est de terminer la lecture sur « le royaume », c’est-à-dire sur la même note que celle de dimanche dernier, faisant de la lecture d’aujourd’hui une « exposition » de ce qu’est « l’Évangile du royaume » (4,23). En effet, dans notre cycle liturgique des lectures dominicales, c’est la seule section de Mt 5-7 qui soit lue. Dans l’unité plus large de tout le sermon, le contenu n’est pas d’exhortation et d’encouragement, mais de commandements donnés aux disciples pour qu’ils les écoutent et y obéissent. La révélation de la loi nouvelle sur la nouvelle montagne de Dieu par le nouveau rédempteur d’Israël n’a rien à voir avec la « vision », mais avec l’instruction. Alors que Moïse était instruit par Dieu sur la montagne, les disciples sont instruits par Jésus, le messie eschatologique.

Note

L’anglais « sound » (sain) est la traduction de ἁπλοῦς et s’oppose à πονηρὸς, traduit par « not sound » mais qui signifie en réalité « mauvais, méchant ». La clé pour comprendre le message repose donc sur une juste compréhension de ἁπλοῦς. D’après son emploi dans le Nouveau Testament, il faut conclure qu’il désigne le fait d’être généreux, ouvert et tourné vers les autres. Ainsi, si l’œil, par lequel nous percevons la réalité qui nous entoure, est « ouvert » à tous sans distinction, c’est-à-dire ne fait pas de différence entre Juif et païen, « bon » et « méchant », alors on ne sera pas trouvé « méchant » par Dieu lui-même, qui ne fait pas une telle différence :

« Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même ? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même ? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (πονηροὺς ; Mt 5,44-48)

C’est pourquoi le serviteur qui ne remet pas la dette de son prochain comme son maître l’a fait pour lui est jugé « méchant » (πονηρέ ; Mt 18,32). Cette ouverture à l’« autre », quel qu’il soit, est aussi le thème de la parabole des talents (Mt 25,14-30). Le serviteur qui n’a pas voulu partager l’« argent » du maître avec les τραπεζίταις (v. 27) — mot qui signifie « commensaux, compagnons de table » et renvoie clairement à la communion de table sans restriction entre Juifs et païens prônée par Paul — est lui aussi trouvé πονηρέ (v. 26).

Cette lecture est corroborée par les exhortations à suivre Dieu et non « Mammon » (l’argent, la richesse, les biens), et à ne pas s’inquiéter de ce qu’il procure : vêtement et nourriture. Si l’on agit ainsi, on ne vaut pas mieux que les « païens » (Mt 6,32 ; voir aussi Mt 5,47 cité plus haut). Ce qu’il faut chercher, c’est plutôt le royaume de Dieu, qui n’est assuré que par une justice égale à celle de Dieu lui-même, lequel ne fait pas de différence entre Juif et païen, comme le font les pharisiens. La justice des disciples doit dépasser celle de ces derniers : « Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse  celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » (Mt 5,20). Et c’est ce qu’a fait Paul, le serviteur fidèle (Ga 1,13-17 ; Ph 3,3-7).

Ressources complémentaires

David E. Garland, Reading Matthew, Crossroads Publishing Company, New York, 1995, p. 82 et suiv.

Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 2: Luke and Acts, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2001, p. 97-100 ; 105 ; 133-134.