Unité de pensée
Le chapitre 14 forme à lui seul une unité. Matthieu encadre ensemble les vies de Jean et de Jésus, de sorte que le récit de la mort de Jean et ses divers détails seront aussi le modèle de la mort de Jésus. Remarquez également qu’il s’agit du « troisième » Hérode dans l’Évangile de Matthieu, et que chacun menace de mort, préparant la scène de la lutte biblique continue entre le roi et le prophète. Avec la mort de Jean, Israël est privé de son plus grand prophète, et la scène est maintenant prête pour le rejet de son messie. Cela nous amène à l’épisode de l’Évangile d’aujourd’hui, la multiplication des pains pour les cinq mille. Les parallèles avec l’Exode et les périodes d’Israël au désert sont évidents et abondent en disciples incrédules. L’épisode présuppose aussi la Cène, où la « nourriture » que le Christ offre sera sa propre vie sacrifiée.
Notes
Remarquez comment toute la péricope est placée sous le signe de la compassion, qui est un trait majeur de l’Évangile de Matthieu.
Comme plus tard à la Cène, les disciples comprennent mal ici le rassemblement eucharistique. Ils veulent voir le « succès » de l’Évangile dans le grand nombre de ceux qui sont attirés par son enseignement, sans payer le prix de ce « succès ». Nourriture et Évangile sont intrinsèquement liés, comme la manne et la Loi, ce qui explique pourquoi, dans le rassemblement eucharistique, la dispensation de l’enseignement vivifiant du Christ est liée à la communion de table. Si le peuple n’est pas nourri de pain, il ne sera pas capable d’être nourri de la parole (voir 1 Co 11,17-34).
Comme Paul y insistait (Rm 1,1-2), le véritable enseignement de l’Évangile n’est rien d’autre que les cinq livres de la Loi, symbolisés par les cinq pains. À son tour, cet enseignement est le même pour les Juifs et les païens, désignés ici par les deux poissons : les disciples ont été appelés à devenir pêcheurs d’hommes. Enfin, c’est cet enseignement qui produit l’assemblée de l’Église de Dieu (qahal/ekklēsia), symbolisée par le nombre « douze » de l’Israël scripturaire, créé par la parole de Dieu qu’est la Loi (le nombre de cinq mille renvoie aux cinq livres de la Loi).
C’est bien la parole de Dieu qui crée et donne la vie : remarquez comment les foules s’assoient sur « l’herbe » dans un lieu « désert », c’est-à-dire aride (l’original grec est ἔρημος).
Ressources complémentaires
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 1: Paul and Mark, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 1999, p. 175-176.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 171-177.
David E. Garland, Reading Matthew, Crossroads Publishing Company, New York, 1995, p. 153 et suiv.