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Notes exégétiques pour la prédication et l’enseignement · Paul Nadim Tarazi

9e dimanche après la Pentecôte

Mt 14,22–34

Texte grec

22 Καὶ εὐθέως ἠνάγκασεν ὁ Ἰησοῦς τοὺς μαθητὰς αὐτοῦ ἐμβῆναι εἰς τὸ πλοῖον καὶ προάγειν αὐτὸν εἰς τὸ πέραν, ἕως οὗ ἀπολύσῃ τοὺς ὄχλους. 23 καὶ ἀπολύσας τοὺς ὄχλους ἀνέβη εἰς τὸ ὄρος κατ᾿ ἰδίαν προσεύξασθαι. ὀψίας δὲ γενομένης μόνος ἦν ἐκεῖ. 24 τὸ δὲ πλοῖον ἤδη μέσον τῆς θαλάσσης ἦν, βασανιζόμενον ὑπὸ τῶν κυμάτων· ἦν γὰρ ἐναντίος ὁ ἄνεμος. 25 τετάρτῃ δὲ φυλακῇ τῆς νυκτὸς ἀπῆλθε πρὸς αὐτοὺς ὁ Ἰησοῦς περιπατῶν ἐπὶ τῆς θαλάσσης. 26 καὶ ἰδόντες αὐτὸν οἱ μαθηταὶ ἐπὶ τὴν θάλασσαν περιπατοῦντα ἐταράχθησαν λέγοντες ὅτι φάντασμά ἐστι, καὶ ἀπὸ τοῦ φόβου ἔκραξαν. 27 εὐθέως δὲ ἐλάλησεν αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς λέγων· θαρσεῖτε, ἐγώ εἰμι· μὴ φοβεῖσθε. 28 ἀποκριθεὶς δὲ αὐτῷ ὁ Πέτρος εἶπε· Κύριε, εἰ σὺ εἶ, κέλευσόν με πρός σε ἐλθεῖν ἐπὶ τὰ ὕδατα. 29 ὁ δὲ εἶπεν, ἐλθέ. καὶ καταβὰς ἀπὸ τοῦ πλοίου ὁ Πέτρος περιεπάτησεν ἐπὶ τὰ ὕδατα ἐλθεῖν πρὸς τὸν Ἰησοῦν. 30 βλέπων δὲ τὸν ἄνεμον ἰσχυρὸν ἐφοβήθη, καὶ ἀρξάμενος καταποντίζεσθαι ἔκραξε λέγων· Κύριε, σῶσόν με. 31 εὐθέως δὲ ὁ Ἰησοῦς ἐκτείνας τὴν χεῖρα ἐπελάβετο αὐτοῦ καὶ λέγει αὐτῷ· ὀλιγόπιστε! εἰς τί ἐδίστασας; 32 καὶ ἐμβάντων αὐτῶν εἰς τὸ πλοῖον ἐκόπασεν ὁ ἄνεμος· 33 οἱ δὲ ἐν τῷ πλοίῳ ἐλθόντες προσεκύνησαν αὐτῷ λέγοντες· ἀληθῶς Θεοῦ υἱὸς εἶ. 34 Καὶ διαπεράσαντες ἦλθον εἰς τὴν γῆν Γεννησαρέτ.

Français (Louis Segond)

22Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l’autre côté, pendant qu’il renverrait la foule.

23Quand il l’eut renvoyée , il monta sur la montagne, pour prier à l’écart ; et, comme le soir était venu, il était là seul.

24La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots ; car le vent était contraire.

25À la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer.

26Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent :  C’est un fantôme ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris.

27Jésus leur dit aussitôt  : Rassurez-vous, c’est moi ; n’ayez pas peur !

28Pierre lui répondit  : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux.

29Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus.

30Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria  : Seigneur, sauve-moi !

31Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?

32Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa.

33Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus, et dirent : Tu es véritablement le Fils de Dieu.

34Après avoir traversé la mer, ils vinrent dans le pays de Génésareth.

Unité de pensée

Voir les notes de la semaine dernière, car cette lecture poursuit le même thème. Il faut noter que les disciples reçoivent l’ordre de nourrir le peuple au désert. Ce sera leur mission, et la nourriture sera bien sûr l’Évangile de la résurrection de Jésus parmi les païens. Il n’est donc pas surprenant que Matthieu nous présente ensuite une « théophanie » du Seigneur ressuscité et vainqueur. Ce que Dieu seul fait dans l’Ancien Testament — fouler les eaux et marcher dans les profondeurs de l’abîme (cf. Jb 9,8 ; 38,16 ; Ps 77,19 ; Is 43,16) —, Jésus le fait ici chez Matthieu. Que cet épisode soit une véritable théophanie est confirmé à la fin du récit, où les disciples adorent le Seigneur vainqueur et confessent qu’il est le Fils de Dieu. En même temps, avec Pierre commence une série d’épisodes où il sera au premier plan comme le premier des disciples, qui pourtant manquera de foi.

Notes

Le manque de compréhension des disciples, comme d’habitude dans les évangiles, s’illustre dans l’attitude de Pierre qui, selon l’Épître aux Galates, a mal compris l’Évangile (Ga 2,1-14). Toute la péricope vise à rappeler à Pierre et aux disciples que l’unique Évangile doit être prêché à tous, y compris aux païens, jusqu’à ce que le Seigneur vienne. À sa venue, le Seigneur jugera les disciples selon qu’ils l’auront fait ou non.

Premièrement, Jésus a dû « obliger » (ἠνάγκασεν) ses disciples à passer sur l’autre rive de la mer de Galilée, vers le territoire des païens (voir les commentaires sur Mt 8,28-9,1), ce qui montre qu’ils étaient réticents à le faire. Deuxièmement, il les envoie devant lui dans cette mission, et il viendra « à la quatrième veille de la nuit », vers le matin (Mc 13,35), au moment le plus inattendu, pour les juger. Troisièmement, à sa venue, il viendra en marchant sur la mer, c’est-à-dire en maître de la mer/de l’empire romain et de tous ceux qui y vivent, prouvant qu’il est le Seigneur de tous — païens comme Juifs. Quatrièmement, Pierre, qui a trahi l’Évangile (Ga 2,11-14), ne se rend pas compte que celui qui a nourri la multitude au désert est le même qui soumet les eaux hostiles.

Que l’attitude de Pierre soit si répréhensible tient à ce qu’elle est mise sur le même plan que celle de quiconque scandalise les croyants :

« Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (καταποντισθῇ ; Mt 18,5-6)

« Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria  : Seigneur, sauve-moi ! » (καταποντίζεσθαι ; 14,29-30)[1]

Le manque de foi de Pierre est réprimandé et il doit se soumettre à l’enseignement de l’Évangile : si Jésus est le messie (Fils de Dieu), alors il est aussi le Seigneur de tous, y compris des païens : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » (Ac 2,36).

Ressources complémentaires

David E. Garland, Reading Matthew, Crossroads Publishing Company, New York, 1995, p. 156 et suiv.

Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 1: Paul and Mark, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 1999, p. 176-177.

Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 174-175.


[1] Ce sont les deux seules occurrences du verbe καταποντίζεσθαι dans le Nouveau Testament.