Unité de pensée
Voir les notes de la semaine dernière, car cette lecture poursuit le même thème. Il faut noter que les disciples reçoivent l’ordre de nourrir le peuple au désert. Ce sera leur mission, et la nourriture sera bien sûr l’Évangile de la résurrection de Jésus parmi les païens. Il n’est donc pas surprenant que Matthieu nous présente ensuite une « théophanie » du Seigneur ressuscité et vainqueur. Ce que Dieu seul fait dans l’Ancien Testament — fouler les eaux et marcher dans les profondeurs de l’abîme (cf. Jb 9,8 ; 38,16 ; Ps 77,19 ; Is 43,16) —, Jésus le fait ici chez Matthieu. Que cet épisode soit une véritable théophanie est confirmé à la fin du récit, où les disciples adorent le Seigneur vainqueur et confessent qu’il est le Fils de Dieu. En même temps, avec Pierre commence une série d’épisodes où il sera au premier plan comme le premier des disciples, qui pourtant manquera de foi.
Notes
Le manque de compréhension des disciples, comme d’habitude dans les évangiles, s’illustre dans l’attitude de Pierre qui, selon l’Épître aux Galates, a mal compris l’Évangile (Ga 2,1-14). Toute la péricope vise à rappeler à Pierre et aux disciples que l’unique Évangile doit être prêché à tous, y compris aux païens, jusqu’à ce que le Seigneur vienne. À sa venue, le Seigneur jugera les disciples selon qu’ils l’auront fait ou non.
Premièrement, Jésus a dû « obliger » (ἠνάγκασεν) ses disciples à passer sur l’autre rive de la mer de Galilée, vers le territoire des païens (voir les commentaires sur Mt 8,28-9,1), ce qui montre qu’ils étaient réticents à le faire. Deuxièmement, il les envoie devant lui dans cette mission, et il viendra « à la quatrième veille de la nuit », vers le matin (Mc 13,35), au moment le plus inattendu, pour les juger. Troisièmement, à sa venue, il viendra en marchant sur la mer, c’est-à-dire en maître de la mer/de l’empire romain et de tous ceux qui y vivent, prouvant qu’il est le Seigneur de tous — païens comme Juifs. Quatrièmement, Pierre, qui a trahi l’Évangile (Ga 2,11-14), ne se rend pas compte que celui qui a nourri la multitude au désert est le même qui soumet les eaux hostiles.
Que l’attitude de Pierre soit si répréhensible tient à ce qu’elle est mise sur le même plan que celle de quiconque scandalise les croyants :
« Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (καταποντισθῇ ; Mt 18,5-6)
« Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! » (καταποντίζεσθαι ; 14,29-30)[1]
Le manque de foi de Pierre est réprimandé et il doit se soumettre à l’enseignement de l’Évangile : si Jésus est le messie (Fils de Dieu), alors il est aussi le Seigneur de tous, y compris des païens : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » (Ac 2,36).
Ressources complémentaires
David E. Garland, Reading Matthew, Crossroads Publishing Company, New York, 1995, p. 156 et suiv.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 1: Paul and Mark, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 1999, p. 176-177.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 174-175.
[1] Ce sont les deux seules occurrences du verbe καταποντίζεσθαι dans le Nouveau Testament.