Unité de pensée
L’unité plus large de la lecture d’aujourd’hui est 17,24-18,35. Au centre de toute cette section se trouvent les règles domestiques de la conduite chrétienne, couronnées ou résumées par la lecture d’aujourd’hui sur le pardon. L’introduction à la parabole montre Pierre demandant une clarification sur la question technique des limites ou des bornes du pardon. Moïse avait fixé la limite à « œil pour œil ». Pierre propose sept fois. Le Christ répond par un pardon illimité fondé sur la patience, la compassion et la miséricorde de Dieu. L’avertissement est, bien sûr, un avertissement « interne » adressé à ceux qui sont dans l’Église ; ce sont eux qui connaissent bien la compassion et la miséricorde de Dieu, et qui en sont donc à la fois formés et liés.
Notes
Cette parabole est un développement de Luc 17,4. Pierre achève son apprentissage au sein de l’« Église » — il est disciple, non maître. Et l’enseignement du maître se conclut par le même commentaire qu’il avait fait à propos de la prière du Seigneur : « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur . » (Mt 18,35) ; « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes , votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (6,14-15). Ce thème de la miséricorde est central chez Matthieu, comme on le voit par sa référence répétée (9,13 ; 12,17) au mot d’Osée : « Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » Sa centralité dans cette parabole se décèle dans l’emploi des verbes « être ému de compassion » (σπλαγχνισθεὶς, 18,27) et « avoir patience » (μακροθύμησον, 18,26.29). Le premier est typique de l’attitude de Jésus envers ceux qui sont dans le besoin (9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; 20,34). Le second renvoie au fruit pratique — la patience — de ce sentiment de compassion ; dans sa patience, le serviteur doit imiter son maître (18,26.29), tout comme les disciples doivent imiter le Père céleste en matière de pardon (6,14-15 ; 18,35). Enfin, une miséricorde qui n’est pas moindre que la miséricorde divine (« ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? » 18,33) est le fondement ultime de l’issue du jugement final de Dieu. Cela ressort clairement du fait que les expressions « faire rendre compte » (συνᾶραι λόγον, 18,23)[1] et « méchant serviteur » (δοῦλε πονηρέ, v. 32) n’apparaissent qu’une seule autre fois dans le Nouveau Testament, dans la parabole matthéenne des talents (25,19 et 26 respectivement), qui fait partie du chapitre consacré au jugement final.[2] De plus, la « colère, l’irritation » du maître (18,34) rappelle la « colère à venir » de Dieu (Mt 3,7/Lc 3,7).
Il faut noter que cette présentation de la loi messianique de l’amour du prochain en Matthieu 18 fait suite à la péricope concernant la liberté des « fils » à l’égard de leur soumission au temple de Jérusalem. Cette séquence est entièrement parallèle à celle de l’Épître aux Galates : l’insistance sur l’amour comme règle nouvelle (Ga 5,2-6,10) est la conclusion que Paul tire de ses remarques sur le statut des Galates comme enfants de la Jérusalem d’en haut (4,21-30).[3]
Ressources complémentaires
David E. Garland, Reading Matthew, Crossroads Publishing Company, New York, 1995, p. 186 et suiv.
[1] Aussi simplement synairein (compter) au v. 24.
[2] Voir aussi 1 Th 1,10 (la colère à venir) et Rm 2,5.8 ; 3,5 ; 5,9 ; 9,22 ; Ep 5,6 ; Col 3,5 ; 1 Th 2,16 ; 5,9 ; Jn 3,36.
[3] Remarquez les conjonctions dio (c’est pourquoi, Ga 4,31) et oun (donc, 5,1).