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Notes exégétiques pour la prédication et l’enseignement · Paul Nadim Tarazi

11e dimanche après la Pentecôte

Mt 18,23–35

Texte grec

23 Διὰ τοῦτο ὡμοιώθη ἡ βασιλεία τῶν οὐρανῶν ἀνθρώπῳ βασιλεῖ, ὃς ἠθέλησε συνᾶραι λόγον μετὰ τῶν δούλων αὐτοῦ. 24 ἀρξαμένου δὲ αὐτοῦ συναίρειν προσηνέχθη αὐτῷ εἷς ὀφειλέτης μυρίων ταλάντων. 25 μὴ ἔχοντος δὲ αὐτοῦ ἀποδοῦναι ἐκέλευσεν αὐτὸν ὁ κύριος αὐτοῦ πραθῆναι καὶ τὴν γυναῖκα αὐτοῦ καὶ τὰ τέκνα καὶ πάντα ὅσα εἶχε, καὶ ἀποδοθῆναι. 26 πεσὼν οὖν ὁ δοῦλος προσεκύνει αὐτῷ λέγων· κύριε, μακροθύμησον ἐπ᾿ ἐμοὶ καὶ πάντα σοι ἀποδώσω. 27 σπλαγχνισθεὶς δὲ ὁ κύριος τοῦ δούλου ἐκείνου ἀπέλυσεν αὐτὸν καὶ τὸ δάνειον ἀφῆκεν αὐτῷ. 28 ἐξελθὼν δὲ ὁ δοῦλος ἐκεῖνος εὗρεν ἕνα τῶν συνδούλων αὐτοῦ, ὃς ὤφειλεν αὐτῷ ἑκατὸν δηνάρια, καὶ κρατήσας αὐτὸν ἔπνιγε λέγων· ἀπόδος μοι εἴ τι ὀφείλεις. 29 πεσὼν οὖν ὁ σύνδουλος αὐτοῦ εἰς τοὺς πόδας αὐτοῦ παρεκάλει αὐτὸν λέγων· μακροθύμησον ἐπ᾿ ἐμοὶ καὶ ἀποδώσω σοι· 30 ὁ δὲ οὐκ ἤθελεν, ἀλλὰ ἀπελθὼν ἔβαλεν αὐτὸν εἰς φυλακὴν ἕως οὗ ἀποδῷ τὸ ὀφειλόμενον. 31 ἰδόντες δὲ οἱ σύνδουλοι αὐτοῦ τὰ γενόμενα ἐλυπήθησαν σφόδρα, καὶ ἐλθόντες διεσάφησαν τῷ κυρίῳ ἑαυτῶν πάντα τὰ γενόμενα. 32 τότε προσκαλεσάμενος αὐτὸν ὁ κύριος αὐτοῦ λέγει αὐτῷ· δοῦλε πονηρέ, πᾶσαν τὴν ὀφειλὴν ἐκείνην ἀφῆκά σοι, ἐπεὶ παρεκάλεσάς με. 33 οὐκ ἔδει καὶ σὲ ἐλεῆσαι τὸν σύνδουλόν σου, ὡς καὶ ἐγώ σε ἠλέησα; 34 καὶ ὀργισθεὶς ὁ κύριος αὐτοῦ παρέδωκεν αὐτὸν τοῖς βασανισταῖς ἕως οὗ ἀποδῷ πᾶν τὸ ὀφειλόμενον αὐτῷ. 35 Οὕτω καὶ ὁ πατήρ μου ὁ ἐπουράνιος ποιήσει ὑμῖν, ἐὰν μὴ ἀφῆτε ἕκαστος τῷ ἀδελφῷ αὐτοῦ ἀπὸ τῶν καρδιῶν ὑμῶν τὰ παραπτώματα αὐτῶν.

Français (Louis Segond)

23C’est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs.

24Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents.

25Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’il fût vendu, lui,  sa femme,  ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée.

26Le serviteur , se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit : Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout.

27Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette.

28Après qu’il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l’étranglait, en disant : Paie ce que tu me dois.

29Son compagnon, se jetant à terre , le suppliait, disant : Aie patience envers moi, et je te paierai.

30Mais l’autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait.

31Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.

32Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié ;

33ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ?

34Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait.

35C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur .

Unité de pensée

L’unité plus large de la lecture d’aujourd’hui est 17,24-18,35. Au centre de toute cette section se trouvent les règles domestiques de la conduite chrétienne, couronnées ou résumées par la lecture d’aujourd’hui sur le pardon. L’introduction à la parabole montre Pierre demandant une clarification sur la question technique des limites ou des bornes du pardon. Moïse avait fixé la limite à « œil pour œil ». Pierre propose sept fois. Le Christ répond par un pardon illimité fondé sur la patience, la compassion et la miséricorde de Dieu. L’avertissement est, bien sûr, un avertissement « interne » adressé à ceux qui sont dans l’Église ; ce sont eux qui connaissent bien la compassion et la miséricorde de Dieu, et qui en sont donc à la fois formés et liés.

Notes

Cette parabole est un développement de Luc 17,4. Pierre achève son apprentissage au sein de l’« Église » — il est disciple, non maître. Et l’enseignement du maître se conclut par le même commentaire qu’il avait fait à propos de la prière du Seigneur : « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur . » (Mt 18,35) ; « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes , votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (6,14-15). Ce thème de la miséricorde est central chez Matthieu, comme on le voit par sa référence répétée (9,13 ; 12,17) au mot d’Osée : « Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » Sa centralité dans cette parabole se décèle dans l’emploi des verbes « être ému de compassion » (σπλαγχνισθεὶς, 18,27) et « avoir patience » (μακροθύμησον, 18,26.29). Le premier est typique de l’attitude de Jésus envers ceux qui sont dans le besoin (9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; 20,34). Le second renvoie au fruit pratique — la patience — de ce sentiment de compassion ; dans sa patience, le serviteur doit imiter son maître (18,26.29), tout comme les disciples doivent imiter le Père céleste en matière de pardon (6,14-15 ; 18,35). Enfin, une miséricorde qui n’est pas moindre que la miséricorde divine (« ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? » 18,33) est le fondement ultime de l’issue du jugement final de Dieu. Cela ressort clairement du fait que les expressions « faire rendre compte » (συνᾶραι λόγον, 18,23)[1] et « méchant serviteur » (δοῦλε πονηρέ, v. 32) n’apparaissent qu’une seule autre fois dans le Nouveau Testament, dans la parabole matthéenne des talents (25,19 et 26 respectivement), qui fait partie du chapitre consacré au jugement final.[2] De plus, la « colère, l’irritation » du maître (18,34) rappelle la « colère à venir » de Dieu (Mt 3,7/Lc 3,7).

Il faut noter que cette présentation de la loi messianique de l’amour du prochain en Matthieu 18 fait suite à la péricope concernant la liberté des « fils » à l’égard de leur soumission au temple de Jérusalem. Cette séquence est entièrement parallèle à celle de l’Épître aux Galates : l’insistance sur l’amour comme règle nouvelle (Ga 5,2-6,10) est la conclusion que Paul tire de ses remarques sur le statut des Galates comme enfants de la Jérusalem d’en haut (4,21-30).[3]

Ressources complémentaires

David E. Garland, Reading Matthew, Crossroads Publishing Company, New York, 1995, p. 186 et suiv.


[1] Aussi simplement synairein (compter) au v. 24.

[2] Voir aussi 1 Th 1,10 (la colère à venir) et Rm 2,5.8 ; 3,5 ; 5,9 ; 9,22 ; Ep 5,6 ; Col 3,5 ; 1 Th 2,16 ; 5,9 ; Jn 3,36.

[3] Remarquez les conjonctions dio (c’est pourquoi, Ga 4,31) et oun (donc, 5,1).