Unité de pensée
L’unité plus large de cette section est 6,12-49, qui comprend le « Sermon dans la plaine », par opposition au plus célèbre « Sermon sur la montagne » de Matthieu. La lecture ci-dessus est une petite section de ce sermon. La clé pour comprendre toute cette section est de savoir qu’elle est écrite à la lumière du royaume ultime de Dieu comme véritable référence du discipulat, le passage ci-dessus condamnant la réciprocité comme principe directeur de la conduite et la remplaçant par la générosité illimitée de Dieu lui-même.
Notes
C’est un exemple classique du lien intime entre Luc-Actes et la littérature paulinienne, en particulier l’Épître aux Romains. Cette péricope est un condensé de l’enseignement paulinien.
Le cœur de la question est l’amour du prochain, même de celui que nous considérons comme notre ennemi :
« Que la charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Par amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres ; par honneur, usez de prévenances réciproques. … Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère ; car il est écrit : À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » (Rm 12,9-10.17-21)
De plus, remarquez le choix des mots de Luc. « Pécheurs » est employé pour les païens par comparaison avec les Juifs : « Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les païens. » (Ga 2,15). Ce qui apparaît comme « credit » (mérite) dans la RSV est en réalité « grâce » (χάρις) en grec, ce qui signifie : le commandement d’aimer les « étrangers » est l’enseignement de l’Évangile de la grâce, comme nous l’apprenons de l’Épître aux Galates : « Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre Évangile. » (1,6) ; « Vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce. » (5,4).
S’il nous est demandé de nous comporter ainsi, c’est parce que nous sommes nous-mêmes les bénéficiaires de cet Évangile de la grâce : « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. … Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. » (Rm 5,8.10). Dieu nous a aimés le premier par Jésus-Christ, et il nous est demandé d’en faire autant en aimant ceux que nous considérons comme « pécheurs » et « ennemis » : « J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » (Ga 2,20).
D’où le commandement : « Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. » (οἰκτίρμονες… οἰκτίρμων ; Lc 6,36). Comparer avec ce qui suit :
« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, » (οἰκτιρμῶν ; 2 Co 1,3)
« Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. » (οἰκτιρμοί ; Ph 2,1-2)
« Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. » (οἰκτιρμοῦ ; Col 3,12-13)
Ressources complémentaires
Charles H. Talbert, Reading Luke, Smith & Helwys Publishing, Macon, GA, 2002, p. 71-79.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 2: Luke and Acts, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2001, p. 61.