Unité de pensée
Comme il s’agit de l’introduction de l’Évangile de Jean, il n’y a pas d’« unité de pensée » plus large à proprement parler. Il est pour le moins frappant qu’en la fête des fêtes l’Église orthodoxe lise non pas l’un des nombreux récits de la résurrection du Christ, mais l’introduction de l’Évangile selon Jean. Qu’il suffise de dire que toute introduction à une œuvre littéraire contient sous une forme concise tout le contenu du livre. L’introduction elle-même doit être lue et comprise sur l’arrière-plan des traditions prophétique et sapientielle de l’ancien Israël, et non avec un arrière-plan philosophique supposé.
Notes
Avec la résurrection du Christ commence la prédication de l’Évangile par ses disciples, envoyés pour cette mission. L’Ancien Testament a ses racines dans la parole « prophétique » divine qui transforme le chaos en une création ordonnée. Cette parole, par les prophètes, a promis la Nouvelle Jérusalem à partir des décombres et des exils de Juda châtié. En effet, le verbe bara’ employé en Gn 1,1 est le même qui revient fréquemment en Is 40-55 à propos du salut que Dieu accorde à son peuple. De même ici, dans le Nouveau Testament, il nous est dit qu’« au commencement » était la « parole » de la prédication apostolique qui a apporté la lumière de la connaissance et de la vie au monde entier. Pourtant, elle n’a pas été reçue par la majorité des païens et des Juifs. Mais le petit nombre de ceux qui l’ont reçue ont reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu, appelés à hériter la communion avec lui dans sa demeure, la Jérusalem céleste.
Ce message est divin par son origine, puisqu’il vient de Dieu et est donc « divin » comme Dieu est divin (1,1). Cependant, il est prêché par un intermédiaire humain : « Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean. » Jean, comme l’indique son nom hébreu yohannan, porte au monde le message de la « grâce » de Dieu. Sa mission est de présenter le messager « divin » de Dieu, Jésus, en expliquant la Loi de Moïse, représentative de tout l’Ancien Testament. Cependant, c’est le messie Jésus qui est le véritable canal de la grâce divine (1,17), en ce qu’il est, selon le témoignage de Jean, l’agneau dont parle Is 53. En ce sens, Jésus, l’agneau d’Is 53, est le messager « unique » (c’est-à-dire seul de son espèce) de Dieu, porteur de la parole « unique » de Dieu, qui est l’Écriture de l’Ancien comme du Nouveau Testament — l’« unique » parole de Dieu.
Chaque fois que les enfants de Dieu se rassemblent autour de la « tente » du témoignage divin, qui contient sa « parole » (1,14 ; ἐσκήνωσεν [a planté sa tente] est de la même racine que σκηνή [tente]), ils se rendent compte qu’ils sont en fait membres de l’assemblée de Dieu établie autour de sa « parole », qui porte et nous révèle son messie. C’est clairement une affirmation contre le temple. En effet, le vrai temple céleste est en fait défini par « la tente du témoignage » : « Après cela, je regardai, et le temple du tabernacle du témoignage fut ouvert dans le ciel. » (Ap 15,5). De la même manière, lors de l’office eucharistique de l’agneau sacrifié, nous nous rassemblons autour de l’Évangéliaire, qui est pour nous le Christ, comme nous l’affirmons pendant l’hymne de la Petite Entrée. Cette centralité de la parole scripturaire est évidente dans le fait que la lecture évangélique de l’office du jour de la résurrection du Christ ne mentionne même pas la résurrection, mais la « parole » qui l’annonce, comme l’enseignait l’Apôtre : « Or, si l’on prêche (annonce) que Christ est ressuscité (la RSV a « as raised » pour l’original ὅτι … ἐγήγερται) des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu’il n’y a point de résurrection des morts ? » (1 Co 15,12)
Ressources complémentaires
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 131-145.