Unité de pensée
La courte lecture d’aujourd’hui introduit le début du ministère de Jésus auprès d’Israël, une section majeure de l’Évangile de Matthieu (4,17-16,20). L’appel des disciples dans le texte est bref et abrupt, avec l’ordre « Suivez-moi ». Le Christ est présenté comme prenant l’initiative sous la forme d’un ordre, l’accent étant mis sur la « pêche d’hommes ». Ici se révèle la nature de la mission du Christ, qui trouve son complément dans la lecture de la semaine dernière tirée de Mt 10 et, en définitive, dans le dernier « ordre » de l’Évangile de Matthieu : aller et faire de toutes les nations des disciples (28,19). Ainsi, ce qui semble commencer par une focalisation étroite sur Israël finira avec les « nations/païens » comme champ de la moisson.
Notes
La mer de Galilée tient lieu de la mer romaine/Méditerranée et représente l’Empire romain, où Juifs et païens vivent ensemble et auxquels l’Évangile doit être prêché : aux Juifs par Pierre et aux païens par Paul (Ga 2,7-8). Cependant, puisqu’il s’agit d’un seul et même Évangile (Ga 2,7-8 ; aussi 1,6-7), la communion entre Juifs et païens est censée être complète. C’est ce que Pierre finit par trahir (Ga 2,11-14). L’insistance sur l’accueil des païens tels qu’ils sont se reflète dans la lecture évangélique d’aujourd’hui : non seulement Simon [nom hébreu] est aussi présenté comme Pierre [nom grec de la même racine que « rocher »], mais il est encore associé à son frère André [nom grec lui aussi, qui signifie « le viril »]. Ainsi Pierre, le pendant de Paul, est présenté comme ayant pleinement accepté la mission apostolique qui lui était confiée, comme le montre clairement sa réaction : « Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent. » De même Jacques et Jean. Cela reflète l’approbation par les trois colonnes de l’Évangile et de l’apostolat de Paul (Ga 2,9). Jésus ouvre la voie vers la « Galilée » (des nations), l’Empire romain, où l’Évangile du royaume (voir Rm 14,17 ; 1 Co 4,20 ; 6,9-10 ; 15,24.50 ; Ga 5,21 ; Ep 5,5 ; Col 1,13 ; 4,11 ; 1 Th 2,12 ; 2 Th 1,5) est prêché aussi dans les synagogues, apportant la guérison au « peuple », c’est-à-dire aux Juifs, tout comme il le fait pour les nations (Ap 22,2). Remarquez aussi l’emploi de μαλακίαν (infirmité) en Mt 4,23, qui est de la même racine que μαλακοὶ… Cela fait partie d’une série d’attributs typiques des Corinthiens païens et apparaît en lien avec le « royaume de Dieu » (1 Co 6,9-10).
Ressources complémentaires
David E. Garland, Reading Matthew, Crossroad Publishing Company, New York, 1995, p. 46 et suiv.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 1: Paul and Mark, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 1999, p. 141-143.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 2: Luke and Acts, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2001, p. 49-50.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 3: Johannine Writings, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2004, p. 258-263.