Unité de pensée
Cette unité s’étend sur Marc 8,22-10,52. On le voit par le récit d’ouverture de la guérison de l’aveugle, qui commence en 8,22, et par sa conclusion avec la guérison de l’aveugle Bartimée en 10,46-52. Dans cette section, nous trouvons aussi les trois annonces par lesquelles le Christ enseigne à ses disciples sa Passion et sa crucifixion. Les questions de l’aveuglement d’une part et de l’enseignement de la croix d’autre part y sont donc centrales. Il est significatif que l’introduction de la lecture d’aujourd’hui soit la critique de Pierre, aveuglé par sa propre compréhension, qui force le Christ à le réprimander par le plus dur des mots : « Satan ». La clé, en définitive, est de laisser le Christ nous guérir par la foi, c’est-à-dire par la confiance en sa parole, et de le suivre ensuite « sur le chemin », comme le fera Bartimée à la fin de notre section.
Notes
Ce passage suit immédiatement la dure réprimande de Jésus à Pierre, qu’il appelle « Satan ». C’est parce que Pierre n’avait pas compris que le véritable Évangile est celui que lui, Pierre, avait approuvé à la rencontre de Jérusalem (Ga 2,1-10) et qu’il a ensuite renié (Ga 2,11-14). Le véritable Évangile (voir « la vérité de l’Évangile », Ga 2,5.14) est celui que Paul a prêché depuis toujours et qu’il désigne comme « la parole, à savoir la parole qui porte le sens de la croix » (Ὁ λόγος γὰρ ὁ τοῦ σταυροῦ ; 1 Co 1,18), c’est-à-dire l’Évangile qui présente le messie de Dieu comme « maudit » (Ga 3,13) et, comme tel, « nous, nous prêchons Christ crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. » (1 Co 1,23-24). Le lien avec « l’Évangile » est rendu clair par Marc qui, seul parmi tous les évangélistes, ajoute « à cause de la bonne nouvelle » après « à cause de moi » (Mc 8,35 ; comparer avec Mt 16,25 ; Lc 9,24). Que la péricope présente poursuive sa critique de Pierre et de ses semblables se décèle en ce que le verbe « renoncer » (ἀπαρνησάσθω), employé ici en Mc 8,34, n’apparaît que trois autres fois chez Marc, toujours à propos du reniement de Jésus par Pierre (14,30.31.72).
D’autres indications que Pierre est jugé ici à la lumière de « l’Évangile », qui n’est autre que l’Évangile prêché par Paul (voir « mon Évangile » en Rm 2,16 ; 16,25 ; 2 Tm 2,8 et « notre Évangile » en 2 Co 4,3 ; 1 Th 1,5 ; 2 Th 2,14), sont les suivantes :
- Le couple opposé « gagner » (κερδήσῃ) et « perdre » (ζημιωθῇ) se trouve en Ph 3,7-8.
- L’opposition entre « sauver » (σῶσαι, de la racine σῶ—, comme σωτηρία [salut]) et « perdre » (ἀπολέσει, de la même racine que ἀπώλεια [perdition]) ; voir Ph 1,28.
- La mention de la « honte » liée à l’Évangile (Rm 1,16 ; 2 Tm 1,8) ou à la croix (1 Co 1,23-27) ; voir aussi la « fierté » [le contraire de la honte] liée à l’Évangile (2 Co 10,16-17 ; Ph 2,14-16) ou à la croix (Ga 6,14).
- Un passage intéressant est Ph 3,18-20 : « Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je vous en ai souvent parlé, et j’en parle maintenant encore en pleurant. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais notre cité à nous est dans les cieux, d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, »
Ressources complémentaires
Sharyn Dowd, Reading Mark, Smith & Helwys Publishers, Macon, GA, 2000.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 1: Paul and Mark, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 1999, p. 187-190.
Paul Nadim Tarazi, New Testament Introduction, Vol. 2: Luke and Acts, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, NY, 2001, p. 72.